2018 n’a pas offert de répit aux investisseurs, ballotés entre envolées spectaculaires et cassures inattendues. Le Dow Jones, le Nasdaq, le S&P 500 : tous ont flirté avec des sommets inédits… avant de redescendre brutalement. Un coup d’accélérateur ici, la plus forte hausse depuis 2015 pour le S&P 500, une journée à plus de 1000 points pour le DJIA, et, à peine le temps de souffler, un plongeon mémorable. Février a signé pour le DJIA la chute la plus sévère de son histoire, puis le mois de décembre a aligné six baisses de plus de 350 points. Au moment du bilan, c’est le rouge qui s’impose : le DJIA finit l’année à -5,6 %, le Nasdaq à -3,9 %, le S&P 500 à -6,2 %.
Que tirer d’une telle séquence ? Certainement pas l’annonce mécanique d’une récession. Ces coups de chaud et coups de froid révèlent avant tout une vérité qui met tout le monde d’accord : le marché reste insaissable. Un rien le fait vaciller d’un côté ou de l’autre dès que la variation dépasse les 1 %. Et d’après un directeur financier, 2019 a démarré dans la même turbulence, empilant autant d’à-coups de 1 % en quelques mois qu’en une année entière auparavant.
Face à cette imprévisibilité devenue la nouvelle norme, une question brûle les lèvres : quelle marche suivre pour ne pas faire naufrage ?
L’idée de tout miser sur un marché linéaire relève désormais du mirage. Composer un portefeuille passe par une réflexion neuve, sans garanties, mais avec des outils : diversifier ses actifs, répartir les risques, accepter que la Bourse ne favorise pas systématiquement la prise de risque aveugle. Le réflexe ne consiste plus à rechercher uniquement la croissance, mais à bâtir la résilience, à se protéger contre les mouvements de bascule.
Ce que font les investisseurs aguerris quand le marché ondule
Impossible d’échapper à la volatilité, mais certains savent lui opposer des digues efficaces. Les grands institutionnels, garants de fortunes colossales, procèdent sans état d’âme : en 2019, selon une étude BlackRock menée auprès de plus de 230 mastodontes de la finance pesant ensemble plus de 7 000 milliards de dollars, 51 % d’entre eux prévoyaient déjà de réduire leur exposition aux actions cotées. Bien plus que les 35 % de l’année précédente ou encore les 29 % de 2017.
Ce retrait du marché public va de pair avec un rééquilibrage vers des placements privés. Quatre répondants sur dix envisageaient d’augmenter leur part d’immobilier détenu hors des marchés boursiers. L’idée est limpide : trouver ailleurs des sources de rendement, découplées des errements de la Bourse. Si une composante accuse le coup, d’autres pans du portefeuille peuvent amortir la secousse.
Quelques facteurs clés permettent à deux actifs de tracer leur route indépendamment : le secteur, le support financier, ou le circuit de négociation. Multiplier les marchés privés, c’est mécaniquement diminuer la symétrie des réactions dans l’ensemble de ses placements.
Quelques axes d’investissement ressortent nettement de ces stratégies :
- les actifs réels comme l’immobilier ou les infrastructures,
- le capital-investissement,
- l’immobilier non coté.
Pour la plupart des investisseurs expérimentés, intégrer ce type d’actifs devient une évidence. Non pour éliminer tout risque : mais pour reprendre la main sur la volatilité, et garder la porte ouverte à des opportunités de rendement qui ne se diffusent pas dans la foule.
Prenons un cas concret : l’immobilier. L’investissement peut prendre la forme d’actions de sociétés cotées ou de fonds immobiliers publics, mais également de biens locatifs ou de projets en dehors du marché boursier classique. La nuance ? Les placements privés échappent davantage aux baisses du marché. En 2018, les fonds immobiliers cotés affichaient des performances négatives, très proches du repli général. De leur côté, les placements immobiliers privés ont, en moyenne, atteint des rendements supérieurs à 9 % sur la période.
20 % d’actifs alternatifs : le cap suivi par les investisseurs exigeants
La part idéale d’actifs alternatifs n’est jamais universelle, mais une règle s’est installée chez de nombreux particuliers avisés : 20 %. Cette position, popularisée par David Swensen, gestionnaire du fonds de l’Université de Yale, se veut un équilibre entre stabilité et audace. Swensen prône même une approche plus radicale : en 2016, le fonds allouait moins de la moitié de son portefeuille au marché public, contre plus de 80 % trente ans auparavant. Ce choix assumé permet de générer des rendements réguliers, sans basculer dans les montagnes russes anxiogènes de la Bourse pure.
Intégrer 20 % de fonds alternatifs améliore non seulement le potentiel de gains mais réduit également la vulnérabilité face aux tempêtes imprévues : la corrélation étant plus faible, si une classe d’actifs dévisse, une autre peut maintenir le cap. Un principe largement corroboré par des analyses majeures du secteur financier.
Et demain, comment composer son portefeuille ?
Miser sur la décorrélation, investir dans des actifs dont l’évolution ne suit pas systématiquement celle du marché action ou obligataire, s’impose comme une piste pour tempérer la volatilité. Les placements alternatifs s’invitent aujourd’hui dans l’arsenal du particulier : ils rendent possible une diversification jadis réservée à une poignée de privilégiés. Grâce aux avancées technologiques et à de nouvelles offres réglementées, l’accès à l’immobilier privé par exemple s’ouvre désormais à ceux qui souhaitent diversifier, générer des revenus récurrents, tout en minimisant l’influence des mouvements de la Bourse.
Prévoir le prochain sursaut du marché relève toujours de la gageure. Mais diversifier largement, chercher des classes d’actifs à l’écart de la Bourse, c’est donner à son portefeuille de quoi encaisser les imprévus comme saisir les opportunités. Les investisseurs les mieux préparés savent parfois quitter les sentiers battus : c’est là, souvent, que s’ouvrent les perspectives les plus prometteuses.

