Quatre lettres seulement, mais un choix qui divise les cruciverbistes depuis des décennies. Les grilles les plus réputées hésitent entre Iasi et Oran, selon les logiques éditoriales ou les humeurs du moment. Aucune autorité ne tranche définitivement, laissant place à une zone grise entretenue par les dictionnaires et les recueils spécialisés.
Brigitte Benkemoun interroge cette incertitude, révélant comment une simple case vide peut devenir le théâtre d’une confrontation entre mémoire, culture commune et plaisir du jeu. L’occasion de dépasser l’anecdote pour explorer les ressorts intimes de la curiosité et du partage.
Pourquoi la ville roumaine en 4 lettres fascine autant les amateurs de culture et de jeux ?
Impossible d’ouvrir un recueil de mots croisés sans croiser la fameuse ville roumaine 4 lettres. C’est l’un de ces clins d’œil récurrents qui font sourire les passionnés et réveillent le goût du détail. Derrière l’apparence anodine de la question, se cache toute une trame de références, de souvenirs d’enfance passés à éplucher des dictionnaires, et parfois même de débats entre amis autour d’une case récalcitrante. Deux noms se disputent le terrain : Iasi et Arad, chacun traînant derrière lui son sillage d’histoires et de symboles.
Il y a d’abord Iasi, perle de la Moldavie, que l’on présente comme le cœur battant de la vie intellectuelle roumaine, à deux pas de la frontière orientale. Ancienne capitale durant la Grande Guerre, elle brille aujourd’hui par ses universités, ses musées, son Palais de la Culture qui en impose, et ses jardins botaniques centenaires. Cette ville incarne à elle seule un pan entier d’histoire, de traditions orthodoxes et de modernité qui se frottent sans jamais se confondre.
De l’autre côté, Arad s’impose comme une porte d’entrée vers la Hongrie, traversée par le Mureș, façonnée par des influences austro-hongroises. Son centre-ville affiche un patchwork architectural où le baroque le dispute au néoclassique, souvenirs vivants du passage de Marie-Thérèse d’Autriche et d’une époque où la frontière entre cultures restait poreuse.
S’arrêter à la simple orthographe serait réducteur. Cette rivalité entre Iasi et Arad va bien au-delà des quatre cases à remplir. Elle dessine une cartographie imaginaire, un prétexte à la rêverie et à la recherche du mot juste. Pour les amateurs de jeux de lettres, saisir la bonne réponse, c’est saisir au vol un morceau d’Europe de l’Est, voyager d’une page à l’autre, et faire vivre, le temps d’un instant, la Roumanie à travers une case blanche. Cette quête, où la mémoire se frotte à la tentation du dictionnaire, nourrit le plaisir du jeu et la satisfaction de trouver sans artifice.
Brigitte Benkemoun : un regard singulier sur la curiosité, l’authenticité et le plaisir de la découverte
Chez Brigitte Benkemoun, la curiosité n’est jamais un réflexe de collectionneuse de faits. Elle la cultive avec passion, loin de toute recherche de performance. Pour elle, l’authenticité ne se décrète pas : elle se construit, patiemment, dans l’expérience vécue et le rapport direct aux lieux et aux mots. Quand il s’agit de trancher entre Iasi ou Arad, elle privilégie l’exploration à la solution toute faite. Son œuvre, tissée entre Paris et la Méditerranée, témoigne de ce lien profond avec le livre, la bibliothèque, la mémoire écrite. Chaque nom propre, chaque bâtiment, devient une porte ouverte sur une enquête intime, un récit à dérouler.
Il suffit d’imaginer le Palais de la Culture à Iasi, ce monument néogothique qui abrite musées et bibliothèques, pour comprendre ce qui anime sa démarche : s’immerger, observer, transmettre. La cathédrale métropolitaine, avec ses fresques éclatantes, invite à s’attarder, à s’imprégner plutôt qu’à survoler. À Arad, le regard glisse sur les façades baroques, les églises, le théâtre Ioan Slavici. On avance lentement, guidé par une curiosité qui s’exerce dans le détail, la trace, la première impression.
Ce goût du détail, Brigitte Benkemoun le partage volontiers avec les passionnés de littérature et les artistes : ceux qui ne cherchent pas tant la réponse que la découverte. Sa posture invite à ralentir, à écouter ce que les lieux, les mots, les pierres ont à raconter, avant de s’empresser de remplir la dernière case. Tout devient prétexte à relier l’écrit, le réel, et l’imaginaire, et c’est peut-être là que se cache la vraie victoire sur la grille.


