Un chiffre résiste à l’érosion du temps : en 2024, plus de 10 % des copropriétés françaises échappent encore à la mécanique bien huilée de la loi ALUR. Derrière cette statistique, des immeubles discrets, souvent de petite taille, où la loi se fait plus souple que partout ailleurs.
L’ordonnance ELAN de 2019 a rebattu les cartes, affinant les critères d’application et créant de vraies nuances dans les obligations attendues. Résultat : gestion, assemblées générales, conformité administrative… tout ne s’applique pas à l’identique, et certaines copropriétés bénéficient de chemins de traverse dans un paysage réglementaire de plus en plus dense.
La loi ALUR en copropriété : origines et objectifs
La loi ALUR, pour « accès au logement et urbanisme rénové », a vu le jour en 2014, portée par la volonté de transformer en profondeur le fonctionnement de la copropriété en France. Avant elle, le secteur naviguait souvent à vue, entre textes disparates et usages parfois peu transparents.
Derrière ce texte, une ambition claire : clarifier la gestion des immeubles, renforcer la transparence financière, protéger les propriétaires et repenser l’encadrement des professionnels qui gravitent autour de la copropriété. La loi s’attaque à la racine des tensions : conflits de voisinage, comptes flous, prises de décision laborieuses… Elle impose un socle commun, pour que chaque immeuble, du plus modeste au plus vaste, joue selon les mêmes règles de base.
Dans cette dynamique, plusieurs axes majeurs structurent la réforme :
- Transparence : chaque copropriété doit désormais figurer au registre national, s’appuyer sur une fiche synthétique annuelle et répondre à des contrôles accrus du syndic.
- Protection : un fonds de travaux devient la norme, chaque vente s’accompagne d’informations plus claires, et les règles de majorité s’éclaircissent.
- Modernisation : la dématérialisation des documents s’ouvre à tous, le vote électronique s’invite dans les AG, les outils de gestion évoluent.
Plus qu’une simple mise à jour technique, la copropriété loi ALUR porte l’idée d’un immobilier mieux maîtrisé, moins sujet aux dérives et plus cohérent sur l’ensemble du territoire. Mais tout n’est pas figé : pour les petites copropriétés, la loi ménage des adaptations, et c’est là que les débats s’intensifient.
Quelles copropriétés échappent au champ d’application de la loi ALUR ?
La copropriété en France ne se laisse pas enfermer dans un moule unique. La loi ALUR prévoit des dérogations précises, notamment pour les plus petits ensembles. Dès qu’il s’agit d’immeubles comptant au maximum cinq lots principaux ou affichant un budget prévisionnel moyen sous les 15 000 euros sur trois exercices consécutifs, les règles s’assouplissent.
Dans ces contextes réduits, la gestion se simplifie : le conseil syndical n’est plus imposé, la désignation d’un syndic bénévole (souvent choisi parmi les copropriétaires) devient fréquente, et les décisions peuvent se prendre via une consultation écrite à l’unanimité, sans passer par la case assemblée générale formelle. Les règles de majorité sont adaptées, permettant une gestion au plus près des réalités de terrain.
Les copropriétés de deux lots bénéficient d’un régime quasi sur-mesure. Les réunions y sont plus informelles, les décisions se prennent à la simple majorité ou à l’absolue, selon la répartition des tantièmes. Pas d’obligation de fonds de travaux, possibilité de déléguer ponctuellement le syndic : la loi s’ajuste à la vie réelle, tout en maintenant un minimum de sécurité juridique.
Ces aménagements évitent d’alourdir la gestion de structures dont les enjeux financiers ou techniques restent limités. Rien à voir avec la complexité d’un ensemble de cent lots : la maison divisée en deux appartements, elle, bénéficie d’une légèreté administrative qui rend la loi ALUR plus souple et moins contraignante.
Ce que la loi ALUR change concrètement pour les copropriétaires
Depuis la loi ALUR, la vie des copropriétaires a pris un nouveau virage. Immatriculation obligatoire au registre national, fiche synthétique annuelle, ouverture d’un compte bancaire séparé au nom du syndicat… Le quotidien s’organise autour d’un syndic, qu’il soit professionnel ou bénévole, qui centralise l’essentiel des démarches.
Les assemblées générales prennent une nouvelle ampleur : vote électronique, participation à distance, organisation plus souple… Chaque copropriétaire peut désormais s’exprimer plus facilement lors des prises de décision.
Autre point de bascule : la mise en place du fonds de travaux. Alimenté par tous, il doit représenter au moins 5 % du budget annuel, et il reste attaché à chaque lot, même en cas de vente. Seules quelques copropriétés échappent à cette règle, notamment les plus petites.
Pour bien visualiser les principales évolutions, voici ce qui change dans la gestion courante :
- Le conseil syndical reste facultatif dans les petites structures, mais il joue un rôle de vigie sur l’application des décisions collectives.
- La répartition des charges se précise, tenant compte de l’usage réel des équipements par lot pour une meilleure équité.
- Le syndicat doit désormais souscrire une assurance responsabilité civile pour couvrir les risques collectifs.
Côté technique, le diagnostic technique global (DTG) fait son apparition, imposé pour certains immeubles anciens ou de grande taille, avec l’objectif d’anticiper travaux et rénovations. Pour les plus petits ensembles, souplesse et adaptation restent la règle.
Évolutions récentes : l’impact de l’ordonnance ELAN sur les règles de copropriété
L’ordonnance ELAN a introduit de nouveaux jalons dans la vie des copropriétés. Désormais, les convocations aux assemblées générales partent vingt-et-un jours avant la réunion, offrant aux copropriétaires un temps de réflexion accru pour peser les décisions à venir.
Le vote par correspondance s’est généralisé, rendant le processus plus inclusif et souple : chacun peut faire entendre sa voix, même à distance. Sur le plan numérique, le syndic doit désormais fournir un accès à une liste minimale de documents via l’extranet : procès-verbaux, contrats, diagnostics techniques… La transparence devient la norme, et le syndic doit s’adapter à cette nouvelle donne.
Le diagnostic technique global (DTG) est rendu obligatoire uniquement à partir de cinquante lots, ce qui allège la charge pour les copropriétés plus modestes. En parallèle, les sanctions contre les copropriétaires peu scrupuleux se renforcent, pour garantir la cohésion du syndicat.
La dynamique se poursuit avec la loi Climat et Résilience, qui impose le plan pluriannuel de travaux (PPT) dans les immeubles de plus de quinze ans, replaçant la rénovation et l’efficacité énergétique au centre des priorités collectives. Au fil de ces évolutions, la copropriété française se redessine : plus structurée, plus transparente, déterminée à préserver la valeur des immeubles et à anticiper les défis des prochaines décennies.
La copropriété façon ALUR, c’est la promesse d’un bâti qui ne lâche rien, même face à la complexité croissante du droit. Un cap pour des propriétaires qui veulent garder la main sur leur avenir, sans perdre le fil du collectif.


